ZFE : rupture écologique VS réalité des ménages

Le projet de loi portant sur le développement des Zones à Faibles Émissions en France prévoit l’interdiction à la circulation des véhicules Crit’Air 3,4,5 et non classés dans les métropoles françaises de plus de 150000 habitants, au plus tard pour 2025. Un objectif qui va se heurter à la réalité des ménages, leurs besoins en matière de mobilité et les moyens dont ils disposent pour acquérir une voiture plus vertueuse.

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ZFE : la moitié des Français ne pourront plus se rendre dans les agglomérations en voiture

C’est l’histoire d’un couac annoncé : 60% des Français ignorent encore en quoi consistent réellement les ZFE et, de fait, qu’une large part d’entre eux ne pourra plus entrer et circuler en voiture dans ces zones d’ici peu, quel que soit le motif du déplacement.

Si l’on se base sur les données relatives au parc des voitures au 1er janvier 2021, classés selon la vignette Crit’Air (accessibles sur le site du Ministère de la Transition écologique), l’interdiction des véhicules Crit’Air 3,4,5 et non classés pourrait être une véritable bombe à retardement partout en France, puisqu’elle concerne :

- 39,2% des véhicules de Saint-Etienne Métropole

- 34,9% des véhicules de la Métropole Toulon-Provence-Méditerranée

- 37,4% des véhicules de Clermont Auvergne Métropole

- 34,4% des véhicules de l’Eurométropole de Strasbourg

- 32,5% des véhicules de la Métropole Nice Côte d’Azur

- 33,4% des véhicules de la Métropole Rouen Normandie

- 35% des véhicules de Toulouse Métropole

Il s’agit ici d’exemples de données relatives aux parcs auto enregistrés dans les métropoles citées (elles sont 45 au total !) ; mais à l’échelle du parc automobile français, l’interdiction de se rendre et de circuler dans lesdites métropoles devrait concerner 7 voitures sur 10, et la moitié des Français selon l’ancienne Ministre de la Transition Écologique Barbara Pompili.

Les ZFE sont injustes socialement

Il va sans dire que ces Français ne circulent pas dans de vieux véhicule par plaisir, mais n’ont seulement pas les moyens financiers de le troquer pour un véhicule plus vertueux. Cité dans un article de l’Argus, Bernard Julien, enseignant-chercheur spécialiste de l’industrie et de l’usage de l’automobile, indique d’ailleurs que 40% des ménages aux revenus les plus faibles possèdent une voiture de plus de 12 ans.

Des aides existent pour accompagner les Français touchés par le projet de généralisation des ZFE : du dispositif national de bonus à la prime à la conversion, en passant par les primes spécifiques proposées par certaines collectivités, ainsi que la création d’un prêt à taux zéro prévue dans la cadre de la Loi Climat et Résilience (qui ne devrait être instauré qu’à partir du 1er janvier 2023).

Mais ils semblent qu’elles soient insuffisantes pour permettre aux ménages d'acquérir un véhicule dit "plus vertueux" : d’après un sondage Quintessens menée pour le magazine Au Coeur des Régions, 54% des Français concernés par les restrictions n’auraient pas les moyens financiers de remplacer leur véhicule par un modèle récent. Par ailleurs, 41% n’envisagent pas l'achat d'un véhicule hybride ou électrique.

Enfin, il faut dire que la réalité du marché est bien loin de coller avec les ambitions socialement injustes des collectivités et du Gouvernement concernant les ZFE : comme le souligne un article de Challenges, sur cinq mois, il s’est vendu aux ménages 270000 voitures neuves… pour 500000 véhicules d’occasion entre 10 et 15 ans, et 550000 de plus de 15 ans !

Gare au risque de nouveaux mouvements sociaux lorsque les premiers PV vont tomber

Bien que connaissant les tenants et les aboutissants des interdictions de circulation liées aux Zones à Faibles Émissions, d’autres ne s’inquiètent quant à eux pas encore car pour le moment, les métropoles ayant mis en place des ZFE ne disposent pas des moyens de sanctionner régulièrement les contrevenants. 

Mais au moment où s’appliqueront les verbalisations, notamment par le système automatique de lecture de plaques d’immatriculation recommandé par la Mission Flash de l’Assemblée Nationale travaillant sur le sujet, les Français réaliseront qu’ils ne peuvent plus se rendre dans les métropoles en voiture et la pilule va avoir du mal à passer. De quoi relancer des mouvements de contestation type Gilets Jaunes. 

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Écrit par 40MA Dernière modification le lundi 18 juillet 2022