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Bonus/malus auto : qui pourra encore acheter une voiture neuve ?

Le projet de loi de Finances pour 2021 a été présenté par Bercy le lundi 28 septembre 2020. Celui-ci prévoit notamment une baisse drastique du « bonus écologique » portant sur l’achat de véhicules « propres », réduisant ainsi à peau de chagrin les aides financières de l’État. L’association « 40 millions d’automobilistes » dénonce l’hypocrisie gouvernementale, qui consiste à promouvoir les voitures les moins polluantes, tout en les rendant inaccessibles pour la grande majorité des automobilistes.

Laver plus vert que vert

C’est le combat dans lequel se sont lancés Emmanuel Macron et son gouvernement dans cette dernière partie de quinquennat. Certes, cette posture gouvernementale n’est pas inédite. Si l’idée de mettre au rebut ou de dissuader l’achat des véhicules les plus polluants via un malus pour épurer le parc automobile date de 2008 (mesure issue du premier Grenelle de l’Environnement), elle s’accompagnait jusqu’à récemment d’un soutien financier de l’État, sous forme de bonus environnemental ou écologique pour l’acquisition d’un véhicule jugé vertueux : véhicule électrique, hybride (rechargeable ou non) ou véhicule thermique récent.

Mais avec le barème mis en œuvre par le PLF 2021, le Gouvernement montre son vrai visage. Car non seulement Bercy entend suivre la préconisation formulée en juin dernier par la Convention citoyenne pour le Climat en renforçant très fortement le malus écologique (en abaissant le seuil de déclenchement et en faisant passer le montant maximum de 20000 à 40000 euros), mais il prévoit également de réduire drastiquement les montants et de resserrer les conditions d’accès au bonus écologique et à la prime à la conversion.

Une politique écologique hypocrite

Bercy prétend que ces diminutions se justifient par la meilleure compétitivité des véhicules électriques par rapport aux véhicules thermiques. La vérité, c’est que si le nombre de véhicules électriques achetés en France ces derniers mois a en effet nettement progressé (toute mesure gardée, car ils ne représentent encore qu’à peine 6% des immatriculations en 2020 et une part infime du parc roulant), c’est uniquement à la faveur d’un bonus écologique et d’une prime à la conversion avantageux et accessibles à de nombreux foyers. C’est aussi la situation que l’on retrouve sur les marchés automobiles scandinaves, fortement électrisés, mais sous perfusion de subventions d’État depuis de très nombreuses années.

Notons en outre que la fiscalité portant sur l’essence sans plomb 95 E10 – carburant réputé plus vertueux puisqu’intégrant une part de bioéthanol – devrait être alignée sur celle des carburants fossiles traditionnels. Devenu le carburant majoritairement plébiscité par les Français afin d’économiser sur leurs déplacements, cette augmentation de la fiscalité pourrait avoir, outre les conséquences dramatiques pour la filière, des conséquences catastrophiques sur le coût de déplacement des automobilistes.

Pour l’association « 40 millions d’automobilistes », il n’y a aucune cohérence dans les mesures gouvernementales. Après avoir augmenté la fiscalité sur le diesel, le Gouvernement s’attaque à présent aux possesseurs de véhicules essence. Avec de telles mesures, qui, dans 2 ans, pourra encore acheter une voiture neuve ?