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Bilan de l’expérimentation du 80 km/h : « 40 millions d’automobilistes » s’est rendu sur place !

L’expérimentation de la baisse de la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles non séparées du réseau secondaire s’est déroulée de juillet 2015 à juillet 2017, sur 3 portions de routes d’une longueur totale de 81 km. Et bien qu’aucun bilan officiel n’ait été communiqué à ce jour, le gouvernement d’Édouard Philippe envisage la mise en œuvre de la mesure dès 2018  !

Du 11 au 13 décembre 2017, dans le cadre d’une réunion de travail sur la sécurité routière avec la Préfecture de la Haute-Saône, l’association « 40 millions d’automobilistes » s’est rendue à Vesoul, sur la RN 57, l’une des 3 portions de route où la limitation de vitesse a été abaissée à 80 km/h au lieu de 90 km/h auparavant… Et ce que l’association a découvert sur place est consternant.

« 40 millions d’automobilistes » a pu évaluer la pertinence du dispositif et son incidence sur la sécurité routière ; elle publie ses conclusions dans la vidéo Expérimentation à 80 km/h : « 40 millions d’automobilistes » s’est rendu sur place :

Des paramètres faussés par des travaux d’aménagement

Le but de l’expérimentation était de pouvoir comparer deux situations comparables : faire un état des lieux de l’accidentalité routière avant la phase de test et réaliser un bilan après l’expérimentation de la baisse de la limitation de vitesse à 80 km/h. Mais les paramètres ont été tellement modifiés pour donner toutes les chances à l’expérimentation d’être positive, qu’aucune comparaison n’est désormais réellement censée : en plus du passage à 80 km/h, la route a été élargie, sécurisée grâce à des bornes rétro-réfléchissantes et l’enrobé refait à neuf de même que les marquages au sol.

La portion de 14 km de la RN 57 entre Vesoul et Rioz a donc subi d’importantes transformations (16 millions d’euros auraient été engagés par le Gouvernement à cette fin) pour accompagner la baisse de la limitation de vitesse. Avec de tels investissements, on aurait pu parier sur une amélioration sensible de la sécurité et des conditions de circulation pour les usagers et pour les riverains. Et pourtant…

Des conditions de circulation et une sécurité dégradées

Aux Laverottes (commune de Quenoche), où la traversée du lieu-dit a été abaissée à 60 km/h au lieu de 70 dans le cadre de l’expérimentation, le constat réalisé par les riverains n’est pas reluisant : « Le 80 est une aberration ! Le trafic a été ralenti, donc les gens doublent, les camions derrière s’impatientent parce qu’ils ont des délais à respecter… Je trouve que c’est encore plus dangereux qu’avant« , signale un habitant.

« Le problème, maintenant, c’est qu’il y a trop de changements de limitations : ici c’est 80 km/h, là-bas c’est 110, après c’est 70 et même 60, et ça repasse à 80 km/h plus loin« , explique un autre riverain.

Ces éléments, ajoutés à la très forte densité du trafic sur cette voie (25 000 véhicules par jour, dont beaucoup de poids-lourds), ne sont pas sans conséquences sur la sécurité des usagers : « La route est très dangereuse, mais malgré la limitation à 80 km/h, les gens ne ralentissent pas. Il y a 8 jours, un camion a voulu doubler et a atterri dans le pré ! » témoigne Hubert, qui habite au bord de la RN 57.

Les causes de l’accidentalité sur cette route sont représentatives de ce qui se passe à l’échelle nationale : les différentiels de vitesse entre les usagers les amènent à commettre des dépassements dangereux, fortement accidentogènes. L’abaissement de la limitation de vitesse à 80 km/h renforce encore ces différentiels et a potentiellement des conséquences négatives sur la sécurité routière : alors qu’en 2016 la Haute-Saône dénombrait 10 accidents mortels, le département en compte déjà 33 pour l’année 2017.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’abaissement généralisé à 80 km/h sur le réseau secondaire ne permet pas d’améliorer la sécurité routière.