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80km/h : « 40 millions d’automobilistes » crée un comité indépendant d’évaluation

À partir du 1er juillet 2018, chaque usager motorisé sillonnant les routes françaises sera tenu de se conformer à la nouvelle limitation de vitesse de 80km/h sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central. Pendant plus de 3 ans, l’association « 40 millions d’automobilistes » s’est battue contre la mise en œuvre de cette mesure, dont elle a prouvé à maintes reprises l’inutilité en termes d’amélioration de la sécurité des usagers de la route et les aspects néfastes pour la mobilité des Français et l’économie des territoires les plus dépendants au réseau routier secondaire. Malgré la très forte opposition des Français et la mobilisation des usagers de la route lors de manifestations organisées dans toute la France, le Premier ministre Édouard Philippe a refusé jusqu’au bout toute discussion et tout aménagement de la mesure, avec pour objectif de sauver « 300 à 400 vies » par an.

S’il s’agit pour l’heure d’une expérimentation qui doit se dérouler du 1er juillet 2018 au 30 juin 2020, aucune commission, aucun groupe de travail ou organisme n’a cependant été chargé officiellement par le Gouvernement d’étudier les impacts de l’abaissement de la vitesse maximale autorisée, ce qui permet légitimement de mettre en doute la rigueur et l’honnêteté avec laquelle sera menée cette expérimentation nationale. C’est pourquoi l’association « 40 millions d’automobilistes » crée un Comité indépendant d’évaluation des 80km/h pour évaluer la pertinence de la mesure pour la réduction du nombre et de la gravité des accidents de la route.

Une mesure inutile et inefficace en termes d’amélioration de la sécurité sur les routes

Pour justifier la mesure d’abaissement de la limitation de vitesse de 10km/h sur l’essentiel du réseau secondaire, Édouard Philippe s’appuie sur le « théorème de Nilsson », selon lequel une réduction de 1% de la vitesse permettrait une réduction de 4% de l’accidentalité. Selon les chiffres de l’ONISR, l’effet mécanique de la baisse de la mortalité routière dû à la réduction des vitesses aurait été démontré en France entre 2002 et 2005 : alors que les vitesses moyennes constatées avaient diminué de 7%, le nombre de décès sur les routes avait, dans le même temps, baissé de 37%. Sauf que ce fait ponctuel ne peut en aucun cas être élevé au rang de vérité universelle ! Car si l’on regarde les données des vitesses moyennes relevées et de la mortalité routière sur les années 2011-2012, on constate que les Français ont roulé en moyenne 0,3km/h plus vite en 2012 qu’en 2011 et que la mortalité routière a diminué de 8% (soit 318 vies épargnées). Il est donc absurde et malhonnête d’utiliser des chiffres tronqués pour justifier une mesure aussi radicale que la généralisation des 80km/h.

D’autre part, les contre-exemples se multiplient à l’étranger, qui démontrent qu’une vitesse légèrement plus élevée n’est pas synonyme d’accidentalité aggravée. C’est le cas par exemple chez nos voisins anglais et allemands, qui roulent respectivement à 97 et 100km/h sur leur réseau secondaire et obtiennent de meilleurs résultats de sécurité routière : sur ces routes rurales où la limitation de vitesse est plus élevée qu’en France, l’Allemagne dénombre 38,9 décès par million d’habitants et le Royaume-Uni 28 tués pour 1 million d’habitants, là où la France en compte 51,6.

De la même façon, l’augmentation de la vitesse maximale autorisée de 80 à 90km/h sur certaines portions de routes du réseau secondaire danois a permis à la Direction danoise des Routes de constater, après 3 ans de test, que les vitesses moyennes pratiquées étaient restées les mêmes malgré la hausse de la limitation de vitesse et que l’accidentalité et la mortalité routières avaient chuté respectivement de -11% et -13%, grâce à la réduction des différentiels de vitesse entre les usagers roulant le plus vite et ceux respectant scrupuleusement la réglementation.

Enfin, l’expérimentation de la baisse de la limitation de vitesse menée en France entre juillet 2015 et juin 2017 n’a pas permis de conclure à l’efficacité de la mesure : malgré d’importants frais engagés pour renforcer les infrastructures sur les tronçons où la vitesse a été abaissée, aucun impact positif de la baisse de la vitesse maximale autorisée sur l’accidentalité routière n’a pu être démontré.

Une mesure aux conséquences désastreuses pour les territoires ruraux

Ainsi que l’explique l’exposé des motifs de la proposition de loi déposée par le député de l’Orne Jérôme Nury, les territoires ruraux seront les premiers impactés par l’abaissement généralisé de la limitation de vitesse, parce que la voiture individuelle reste le seul moyen de transport efficace pour les déplacements du quotidien, aussi bien personnels que professionnels, et que les routes secondaires sont le seul réseau routier gratuit qui garantisse une mobilité performante.

L’abaissement généralisé de la vitesse maximale autorisée à 80km/h est donc de nature à nuire profondément à l’efficacité des déplacements, des échanges – notamment de services et commerciaux – et donc à l’économie et à l’attractivité de ces régions, déjà souvent enclavées. De la même façon que l’interdiction de l’accès aux centres-villes pour les voitures a favorisé la désertification de petites et moyennes communes, la réduction de limitation de vitesse pourrait amplifier les disparités locales et causer la mort de la ruralité.

Une mesure rejetée par une large majorité des Français

De nombreux sondages ont été réalisés auprès des Français par divers média et instituts spécialisés pour recueillir l’avis des usagers de la route sur le passage des routes secondaires à 80km/h. L’ensemble de ces études d’opinion démontre un fort rejet de la mesure par la grande majorité des Français (de 58% à 84% de réponses défavorables selon les sondages), constituant un nouvel élément dans la remise en cause de la légitimité de la mesure.

Car cette opposition massive des premiers acteurs de la sécurité routière que sont les usagers de la route n’est pas sans conséquence sur le respect de la réglementation : il est évident en effet qu’une règle est d’autant mieux respectée qu’elle est jugée utile et légitime, et donc comprise des usagers.

L’abaissement généralisé de la limitation de vitesse à 80km/h sur près d’un million de kilomètres de routes nationales et départementales (et non 400000 comme l’avait estimé la Sécurité routière, qui semble décidément bien mal connaître les routes françaises) qui acceptent aisément, pour la plupart, et sans risque supplémentaire des vitesses plus élevées est donc logiquement interprété par 82% des Français comme une mesure dont le premier objectif n’est pas l’amélioration de la sécurité routière, mais l’augmentation des contraventions collectées par l’État.

Une expérimentation de 2 ans

Le 09 janvier 2018, à la suite de l’annonce de la mesure des 80km/h, le Premier ministre ordonnait la réalisation d’une étude qu’il souhaitait « précise et objective » pour déterminer l’impact de la baisse généralisée de la limitation de vitesse sur l’accidentalité. Il a donc été convenu qu’un rendez-vous aurait lieu le 1er juillet 2020 – soit deux ans après l’entrée en vigueur de la nouvelle limitation de vitesse – pour rendre compte des données recueillies sur cette période et de leur analyse.

Mais les déclarations du Président du Conseil national de Sécurité routière (CNSR) Yves Goasdoué permettent de douter de la volonté du Gouvernement de s’astreindre à un travail rigoureux et méthodique d’évaluation des données d’accidentalité. Selon lui, seul serait en effet pris en compte le nombre d’accidents de la route à l’issue de ces deux années, sans discrimination des causes de ces accidents, et alors même que d’autres mesures doivent entrer en vigueur conformément aux décisions du CISR !

De plus, à la veille du début de cette expérimentation à l’échelle nationale, aucune commission, aucun groupe de travail ou organisme n’a été chargé officiellement par le Gouvernement d’étudier les impacts de l’abaissement de la vitesse maximale autorisée sur la sécurité des usagers.

C’est pourquoi l’association « 40 millions d’automobilistes » crée un Comité indépendant d’évaluation des 80km/h, composé d’associations d’usagers de la route, d’associations de victimes d’accidents de la route, d’avocats spécialisés en droit routier et d’experts en sécurité routière, pour évaluer la pertinence de la mesure pour la réduction du nombre et de la gravité des accidents de la route.