Le Conseil National à la Sécurité Routière et notamment son Président, Monsiuer Robert NAMIAS, réfléchissent à la possibilité d'instaurer le taux zéro en matière d'alcool au volant.
"40 millions d'autombilistes" réagit et souhaite préciser sa position sur le sujet :
En premier lieu, nous tenons à préciser que nous considérons qu’un citoyen doit choisir entre conduire et boire.
Pour autant, faut-il réglementer tous les actes de la vie courante qui peuvent être effectués par un automobiliste en détournant son attention : téléphoner, boire, manger, fumer, discuter avec les passagers, écouter la radio, regarder des affiches publicitaires, transporter un bébé ou des enfants, avoir son chien dans la voiture, chercher son chemin au travers d’une multitude de panneaux, etc.
Nous ne contestons pas qu’il y ait à chaque fois un enjeu de sécurité routière puisque l’automobiliste perd une partie de sa faculté d’attention. Mais il faut en contrepartie tenir compte du fait qu’un automobiliste raisonnable se trouve rarement à la limite de ses capacités et qu’il prend des précautions lorsqu’il exécute une activité que l’on pourrait qualifier d’annexe à la conduite.
Il ne s’agit pas de défendre la liberté individuelle du renard dans le poulailler mais de prendre acte du fait que nous vivons dans un monde moderne et complexe où il faut d’abord se battre contre les excès : les excès des conducteurs mais aussi les excès de la réglementation qui sont toujours possibles.
Le rapport du C.N.S.R. de Mars 2004 sur l’application du taux zéro en France définit trois cibles de conducteurs (page 24) dans les termes suivants:
- les conducteurs aux alcoolémies modérées (< 0,5 g/l) qui pourraient se conformer sans grande difficulté à cette mesure, mais on ne sait pas dans quelle mesure cela aurait un effet sur le risque d’accident.
- les conducteurs occasionnellement alcoolisés avec alcoolémies élevées (nuits de semaine et de weekend, jeunes). A leur adresse, il existe d’autres voies que l’abaissement du seuil d’alcoolémie.
- Le « noyau dur » et les récidivistes. Ils semblent imperméables aux diverses campagnes et ne sont pas dissuadés par la peur des sanctions. Alors qu’ils ne représentent qu’une infime fraction des conducteurs, ils représentent 30% des conducteurs tués.
Dans sa synthèse (page 1), ce rapport pose la question suivante qui est toujours d’actualité :
« Il faut se demander s’il est justifié de renforcer les contraintes sur 97% des déplacements des conducteurs conformes au taux actuel de 0,5 g/l pour amener les infractionnistes, qui représentent 3% de la circulation, à mieux respecter la loi. »
Cette interrogation du C.N.S.R. est étonnante car elle consiste à se demander s’il est justifié de pénaliser une grande majorité d’innocents pour amener une minorité de coupables à mieux respecter la loi.
Pourquoi se poser une telle question alors que la lutte contre l’alcoolémie au volant a eu une efficacité certaine entre 1995 et 2002 puisque dans ce même rapport (page 1) le C.N.S.R. constate que « la lutte contre l’alcool au volant a contribué autant, et même un peu plus, que les autres actions, aux progrès enregistrés dans la sécurité routière ».
Pour notre part, nous avons constaté que cette contribution s’est poursuivie de 2002 à 2006, à réglementation constante, et c’est pourquoi nous avons affirmé que, dans cette période récente, la lutte contre l’alcool au volant a contribué autant, et même un peu plus, que les radars, aux progrès enregistrés dans la sécurité routière.
Le constater ne nous a pas suffi. Nous en avons recherché l’origine en nous demandant, en premier lieu, quel était l’impact des contrôles préventifs ? Une question à laquelle le C.N.S.R. ne semble pas s’être intéressé.
Pourtant, la réponse statistique est intéressante et sans ambiguïté : la corrélation est très forte entre l’évolution du nombre des contrôles et l’évolution du nombre des victimes de l’alcoolémie au volant. De plus, comme les victimes sont dues, pour l’essentiel, aux taux d’alcoolémie les plus élevés (le taux moyen pour les accidents mortels est de 1,70 g/l, c’est-à-dire plus de 3 fois supérieur au taux légal), l’effet des contrôles s’avère avoir été dissuasif vis-à-vis des populations à risque, ce qui est bien l’objectif recherché.
En matière de réduction du nombre des victimes de l’alcool au volant, ce qu’il faut, c’est accroître le nombre des contrôles préventifs et, sans doute, améliorer leur efficacité par un meilleur ciblage.
Par contre, l’abaissement du seuil légal, sera inefficace en matière de sécurité mais il multipliera le nombre des contrevenants et les recettes financières qui en résultent.
NOTRE CONCLUSION :
Le C.N.S.R. est chargé de conseiller le gouvernement sur les mesures à prendre en matière de sécurité routière.
Le gouvernement a besoin d’une information objective et le C.N.S.R. a pour mission de la fournir.
Pourtant, l’exemple ci dessus démontre que les conseils du C.N.S.R. ne présentent pas les garanties d’objectivité nécessaires. Or, ce cas ne sont pas le seul, citons aussi :
- la proposition de suppression du kit mains-libres (voir notre action sur le sujet en cliquant ici >>)
- Le choix d’un ratio faisant de la France un des mauvais élèves de l’Europe en matière de sécurité routière alors que le seul ratio significatif en ce domaine, le «nombre de tués par milliard de kilomètres parcourus » place la France parmi les leaders.
- L’affirmation péremptoire qu’une réduction de la vitesse moyenne de 1 % entraîne une réduction de 4 % du nombre des victimes alors que de 1999 à 2001 sur tous les réseaux, la vitesse moyenne a augmenté, et à trafic constant, le nombre de tués a régressé.
- L’étude concernant l’appréciation de l’efficacité des radars qui leur attribue 70% des vies épargnées entre 2002 et 2005 alors que 67% de ces vies ont été épargnées avant même l’installation des radars.
- L’affirmation que les voitures puissantes présentent un sur-risque alors que si l’on tient compte de la différence de kilométrage parcouru, les primes d’assurance « responsabilité civile » pratiquées actuellement par toutes les sociétés d’assurances du marché français, mutualistes comme capitalistes, apportent la preuve contraire.
- L’affirmation d’un lien entre l’annonce d’une amnistie et la recrudescence du nombre des accidents. Avec la hausse constatée ces derniers mois, que n’aurait-on dit du nouveau Président de la République s’il avait évoqué une amnistie ?
Cela fait beaucoup d’affirmations fausses qui s’ajoutent à la thèse qui sert de base à la politique actuelle et que l’on peut résumer de la façon suivante : « tous les automobilistes sont à mettre dans le même sac et un conducteur raisonnable est un chauffard qui s’ignore ».
Cette thèse est fausse puisque les assureurs constatent qu’il y a dans la population une très forte majorité de bonus 50 (pas le moindre accident matériel depuis plus de 13 ans) et seulement une minorité supportant un malus.
Pourtant, tous ceux qui, comme nous, contestent cette thèse sont immédiatement « diabolisés », désignés comme complices des chauffards et considérés comme responsables, par leur propos, de l’alimentation de l’hôpital de Garches.
Nous ne serons jamais du côté des chauffards dont les tristes exploits menacent nos vies et qui, comme le constate le C.N.S.R., sont imperméables à la prévention et ne sont pas dissuadés par les sanctions.
Nous sommes seulement aux côtés de la grande majorité des automobilistes qui n’acceptent pas une politique qui consiste à faire un usage abusif de la réglementation pour sanctionner 97% d’innocents dans l’espoir d’amener 3% d’individus à avoir un comportement plus respectueux des autres.
Il suffit de lire les faits divers des journaux et les cas dramatiques qu’ils relatent pour constater que la sécurité routière pose un problème sociétal beaucoup plus complexe que ne le traduit le sempiternel argument d’un relâchement du comportement général des automobilistes alors que ceux-ci n’ont jamais été aussi traqués.
En réalité, cet argument est un aveu d’ignorance du motif de la reprise.
Comment pourrait-il en être autrement lorsque l’interprétation des statistiques du C.N.S.R. est sous la coupe de membres omniprésents et particulièrement actifs, qui n’ont d’autre souci que celui de justifier leurs thèses, comme nous en avons cité plusieurs cas précédemment.
Pour lutter contre le fléau des accidents de la route, la France a besoin de sortir des idées préconçues.
Et tout d’abord, il faut faire l’effort de comprendre qu’avec 1 tué pour 100 millions de kilomètres parcourus, le risque routier est statistiquement un risque faible. Ce qui signifie que le réseau n’est pas parcouru par une multitude de chauffards comme on voudrait nous le faire croire pour justifier tous les excès et tous les abus dans la mise en œuvre de la réglementation.
Cela n’a rien à voir avec le fait que les victimes des chauffards sont encore trop nombreuses.