En tant que des intérêts des automobilistes français, nous nous montrons particulièrement attentifs aux décisions que prendra le gouvernement au cours du Grenelle Environnement vis-à-vis de l'usage de l'automobile.
Face aux engagements du Président de la République de placer le développement durable au coeur de ses priorités, le Ministère de l'Ecologie du Développement et de l'Aménagement Durable a annoncé, le 6 juillet dernier, le lancement du "Grenelle Environnement".
En prévision de cette grande réflexion et face à cet enjeu important qui nous concerne tous, nous avons adressé un courrier à Monsieur François Fillon, Premier Ministre, pour lui faire part de notre analyse, de notre vision et de notre position vis-à-vis de l'automobile.
Ce courrier vient compléter le premier courrier adressé le 21 mai dernier sur la réglementation et la politique de Sécurité Routière que vous pouvez lire en cliquant ici >>
Nous reproduisons, ci-dessous, le courrier que nous avons adressé à Monsieur FILLON le 12 juillet 2007 et que vous pouvez télécharger au format pdf en cliquant ici >>
Monsieur François FILLON
Premier Ministre
Hôtel de Matignon
57, rue de Varenne
75700 PARIS
Nos réf. : RQ/lho n° 150
Paris, le 12 juillet 2007
Objet : l’automobile et le développement durable
Monsieur le Premier Ministre,
Dans notre courrier du 22 mai concernant la Sécurité Routière, nous vous avions indiqué que nous vous ferions part de notre position vis-à-vis du développement durable.
Compte tenu de la croissance de la population mondiale et du développement économique de nouveaux pays, les ressources limitées de la planète en énergie fossile posent dès à présent un problème majeur à l’ensemble des responsables politiques.
A cela s’ajoute le problème du réchauffement climatique causé par l’effet de serre.
1 - Le monde ne manquera pas de ressources énergétiques
Dans ce contexte, les plus optimistes estiment que les progrès scientifiques résoudront le problème. Mais les plus pessimistes disent que c’est impossible ; c’était aussi l’opinion du prix Nobel Robert Milliken qui, 22 ans avant Hiroshima, déclarait « Il est tout à fait impossible que l’homme sache exploiter la puissance de l’atome ».
Sans le soleil, la terre serait un astre mort. Chaque jour, il nous envoie une quantité d’énergie qui représente 9 000 fois les besoins mondiaux. C’est cette énergie qui se retrouve dans les phénomènes climatiques, c’est elle qui alimente la vie et donc génère la biomasse, c’est elle encore qui a permis de créer les réserves d’énergies fossiles que nous consommons.
L’humanité ne manquera donc pas de ressources énergétiques « propres » mais il lui faut trouver les processus les plus efficaces pour les utiliser en améliorant en quelques décennies un taux de transformation en énergie disponible qui est aujourd’hui très mauvais.
Il y a donc beaucoup plus de raisons d’être optimiste et de retrousser ses manches que d’être pessimiste et, en s’inspirant des prêches des moines de l’an mil, proclamer : « Repentez vous ! Faites pénitence ! Renoncez à vos maisons et à vos voitures ! »
Cette évolution ne s’effectuera pas d’un coup de baguette magique. Elle va suivre le chemin habituel de l’innovation : des idées, des découvertes, des expérimentations, plus d’échecs que de succès. Et, au final, une pluralité de solutions.
2 – L’effet de serre
L’effet de serre résulte de l’usage des énergies fossiles, et sans doute de bien d’autres motifs.
Les optimistes considèrent que la maîtrise des énergies propres résoudra le problème et ne veulent pas lui sacrifier la moindre parcelle de leur développement économique.
Les pessimistes pensent le contraire et font de la réduction de la consommation globale d’énergie, y compris les énergies propres, un dogme du développement durable qui ne souffre aucune contestation. Ce faisant, ils optent pour un avenir où le monde souffrirait durablement d’une insuffisance d’énergie eu égard à ses besoins.
Pour eux, ce dogme doit se traduire dans une politique volontariste qu’il faut imposer par la contrainte aux habitants des pays développés afin qu’ils « changent de mode de vie » et partagent avec le reste du monde des ressources énergétiques qu’ils considèrent comme limitées.
Au centre de la cible de ce « changement de mode de vie » ils placent l’automobile ainsi que la maison individuelle, car la péri-urbanisation est étroitement liée à l’usage de la voiture. Leur vision du futur est la suivante : un habitat urbain vertical et sans voitures et des liaisons interurbaines sans autoroutes.
Nous sommes ainsi passés de la maîtrise des énergies propres qui constitue un des dossiers majeurs pour l’avenir de l’humanité à la condamnation du mode de vie des ménages français qui n’habitent pas le centre de Paris.
3 – Le mode de vie des ménages français
Pour notre part, nous considérons que la principale cause de l’extension des villes est l’évolution démographique de la France dont la population s’est accrue de 12 millions d’individus en 40 ans.
Nous faisons aussi le constat qu’il s’agit d’un choix raisonné des Français puisqu’à l’heure actuelle 70% des jeunes ménages ne veulent pas vivre dans un appartement en ville et que leur premier achat d’importance est une voiture, symbole d’autonomie et de liberté.
Par ailleurs, il n’y a aucune incompatibilité entre la maison individuelle ou la voiture et le développement durable puisqu’il existe déjà des maisons autonomes sur le plan énergétique (ex : celle de M. José Bové dans le Larzac) et des prototypes opérationnels de voitures à moteur propre ont été présentés par les industriels au challenge Bibendum. « Il faut inventer la voiture et la maison de demain » nous avait d’ailleurs répondu M. Sarkozy à ce sujet.
Il est donc clair que la guerre qui est déclarée à la voiture et à la maison au nom du développement durable est une guerre contre ce qu’elles représentent, c’est-à-dire contre une conception de la vie considérée comme trop individualiste et centrée sur le groupe social que constitue la famille.
L’Institut Français de l’Environnement s’étonne ainsi que le thème du développement durable recueille une large approbation dans la population mais que les pratiques restent en décalage avec, en particulier, une réticence à changer de moyen de transport.
Il ne devrait pourtant pas être étonné, les Français ont un quotient intellectuel normal et ne sont pas prêts à croire que le fait d’élever ses enfants dans un lotissement où les voisins se connaissent, de planter des arbres et des fleurs, de cultiver un potager et de bricoler dans son garage nuise à l’environnement.
Les Français sont sensibles à la pollution des automobiles et ils ont constaté avec satisfaction les progrès importants déjà réalisés par les constructeurs. Ils attendent aujourd’hui des Autorités Publiques qu’elles initient et accélèrent le développement d’un marché des voitures à motorisation propre et non qu’elles sanctionnent ceux qui ont fait le choix de ne pas vivre dans un appartement en centre ville.
Aujourd’hui, l’usage d’un véhicule fait partie des principaux éléments de la vie pour des millions de familles françaises dont la consommation annuelle de carburant est équivalente à celle qui est consommée par un couple pour un seul aller-retour outre-Atlantique.
Il est donc parfaitement hypocrite et indécent, lorsque l’on effectue chaque année des dizaines de milliers de kilomètres en avion, de désigner comme responsables de l’effet de serre ceux qui, 200 jours par an, se lèvent tôt et font 40 km en voiture dans la journée pour aller travailler, nourrir leur famille et apporter leur contribution au financement des besoins publics.
Si des restrictions doivent être prises en matière de transport, elles doivent d’abord porter sur des points qui ne remettent pas en cause l’essentiel : on peut vivre normalement sans consommer des fraises produites à des milliers de kilomètres et sans aller se reposer sur les plages des Maldives !
4 – La politique en France
L’humanité maîtrisera-t-elle les énergies propres à la fin du siècle ? Ce n’est pas une certitude mais la probabilité est forte. Si ce n’était pas le cas, le pire serait à craindre.
Les responsables politiques français doivent d’autant plus contribuer à cette évolution que l’intérêt de la France et de l’humanité se rejoignent. Ils ont donc le devoir de mobiliser les moyens matériels et les intelligences du pays pour favoriser le développement des énergies renouvelables.
Dans l’intérêt propre de la France, ils ont aussi le devoir d’inciter la population à investir pour limiter les déperditions et les gaspillages (ex : isolation des maisons, moteurs moins gourmands, retrait des véhicules les plus anciens et les plus polluants).
Ces actions que M. Sarkozy s’est engagé à prendre ne pourront que favoriser le développement durable et constitueront un formidable levier pour la croissance économique.
Toutefois elles ne produiront pas des résultats immédiatement visibles et il ne fait aucun doute que les partisans du dogme anti-voiture exigeront du gouvernement des signaux beaucoup plus spectaculaires de son engagement dans le domaine du développement durable avec l’instauration de la taxe pétrole prévue dans le pacte écologique.
Nous nous attendons aussi à ce qu’ils réclament une réduction des vitesses, l’exclusion de certains types de véhicules du fait de leurs caractéristiques « non citoyennes » et la multiplication des contraintes réglementaires à la circulation. Tout sera bon pour « pourrir » la vie des automobilistes.
Dans cette panoplie « anti- voiture » figure aussi le moratoire sur les autoroutes qui vient s’ajouter à ceux qui concernent le nucléaire et les OGM, et qui confirme le sort réservé à l’automobile (et donc à la maison individuelle) dans leur société du futur.
Toutefois, c’est peut-être une bonne nouvelle car lorsque les pessimistes exigent des moratoires ou l’application du principe de précaution, c’est parce que les succès qui vont les contredire sont à portée de main.
L’instauration de la taxe pétrole, c’est à dire la majoration de la TIPP, se traduirait par l’augmentation du prix d’un plein. Comme cela a toujours été le cas dans le passé avec le prix des carburants, cette décision n’aurait qu’un effet très marginal sur le volume consommé qui, d’ailleurs, est déjà en réduction du fait de la rotation du parc automobile.
Son seul véritable effet serait de faire baisser le pouvoir d’achat des familles au profit de l’Etat. On verra donc à ce sujet, ce que valent les déclarations des personnalités politiques de tout bord qui, dans une inhabituelle unanimité, se sont engagées à refuser toute mesure qui amputerait le pouvoir d’achat des Français.
L’argument est connu : il faut financer l’accroissement de l’offre de transports publics dont pourront bénéficier ensuite les automobilistes. C’est se moquer des gens : les automobilistes financent déjà l’Etat à fonds perdus en versant 56 milliards d’Euros par an pour avoir le droit de circuler alors que l’Etat et les Collectivités ne consacrent que 15 milliards à la route, investissements compris.
5 – Nos demandes
Puisque le Président de la République a affirmé son rejet de la pensée unique, nous espérons qu’il sera désormais possible de parler avec objectivité de la place du moyen de transport familial dans la société du futur sans être immédiatement diabolisé.
La voiture a un avenir avec les « énergies propres » et il n’y a pas lieu de l’opposer aux transports publics qui sont d’ailleurs saturés aux heures de pointe et ne pourraient s’y substituer. Ce sont des moyens de circuler qui sont complémentaires et il faut laisser aux Français la possibilité de continuer à décider librement, individuellement et dans la diversité, des choix qui répondent le mieux à leurs aspirations.
Il y a un temps pour travailler, qui est généralement collectif, et il y a un temps pour la vie personnelle et familiale. Ce sont des univers différents : la voiture a une place importante dans le second parce qu’elle est le premier niveau du transport collectif, celui de la famille, et qu’elle donne un sens concret aux notions d’autonomie et de liberté de circuler qui sont à la base même de nos sociétés démocratiques.
Bien que ce choix soit plébiscité par nos compatriotes puisque 90% des ménages se sont équipés d’une voiture malgré son coût de fonctionnement, il y a bien longtemps que l’on a entendu un homme politique prononcer des paroles positives à l’égard de l’automobile : ce ne sont qu’anathèmes, contraintes, sanctions et prélèvements, le dernier avatar enregistré étant l’augmentation de la TIPP au profit des exécutifs régionaux.
Dans la France d’aujourd’hui et même de demain et d’après-demain, l’exclusion de la voiture conduirait au chaos économique. Nous attendons de la rupture avec le passé que le gouvernement décrive et construise un avenir qui tienne compte des aspirations des Français et non qu’il multiplie les obstacles et les coûts à l’égard d’un moyen de transport incontournable.
Le moratoire sur les autoroutes serait une mauvaise décision en matière de réduction du nombre des victimes de la circulation. La « taxe carbone » serait une mauvaise décision en matière de pouvoir d’achat des familles et n’apportera rien au développement durable.
Ces deux orientations font partie du catalogue de ceux qui veulent une organisation plus collective de la société d’où la voiture serait exclue.
Nous serons attentifs aux décisions que prendra le gouvernement à cet égard car elles traduiront clairement sa conception du rôle de la famille et de la liberté individuelle.
Nous vous prions de croire, Monsieur le Premier Ministre, en notre plus grande considération.
René Queffélec
Président
Pour lire notre communiqué de presse à ce sujet, cliquez ici >>
Pour lire la réponse du cabinet du Premier Ministre que nous avons reçue le 29 août 2007, cliquez ici >>